Nos sénateurs n’y sont pas vraiment enclins….

Le 20 mai dernier, le Sénat a adopté en première lecture la proposition de loi de la députée écologiste Brigitte ALLAIN visant à favoriser l’ancrage territorial de l’alimentation. Ce texte fait figure de première prise en compte politique concrète de la question, ô combien nécessaire, de la relocalisation de l’alimentation , notamment en prévoyant l’inscription dans le code rural et de la pêche maritime l’objectif consistant à  « encourager l’ancrage territorial de la production, de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles, y compris par la promotion de circuits courts (…) ». La mesure phare de la proposition de loi consiste à introduire au sein de la restauration collective des produits issus d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement et de la santé, en posant l’objectif ambitieux de retrouver d’ici à 2020 40% d’aliments issus de l’agriculture « durable » (sous réserve que l’on éclaircisse ce qualificatif…) et 20% d’aliments issus de l’agriculture biologique dans nos assiettes de cantines. L’utilisation de la restauration collective comme vecteur de produits plus sains et locaux semble être un bon moyen de rendre accessible au plus grand nombre une autre idée de l’alimentation et de l’agriculture en général, en opposition avec la démarche habituelle issue du code des marchés publics consistant à attribuer le contrat au candidat présentant l’offre la plus avantageuse sur le plan économique : point de considération environnementale, éthique ni de santé publique dans ce cas ! Et cela conduit parfois à ce que nos bambins dégustent à la cantine scolaire des aliments en provenance des quatre coins du monde, comme par exemple du porc chinois ou des pommes de terres polonaises… dont les modes de production sont loin d’être transparents !

Avec ce texte, nous aurions pu caresser l’espoir d’un éveil des consciences à la problématique de la « localité » de l’alimentation et de sa qualité, notamment du fait que le nombre de repas en restauration collective s’élève à environ 3 milliards de repas chaque année, autant d’occasions de rendre accessible au plus grand nombre des aliments issus de l’agriculture biologique. Mais cela était sans compter sur les réticences de nos sénateurs qui en ont décidé tout autrement, en adopant un amendement qui supprime purement et simplement l’objectif des 20% d’alimentation biologique en restauration collective d’ici à 2020 alors qu’il reste un but minime par rapport à certaines cantines étant parvenues au 100% bio et/ou local…

Tour d’horizon des sénateurs anti-bio
Ce ne sont pas moins de 188 sénateurs (sur 348) qui se sont prononcés contre le bio dans les cantines, avec la totalité des sénateurs « Les Républicains » et 85% de UDI-UC. Les sénateurs en faveur du bio dans la restauration collective sont représentés par la totalités des sénateurs PS, du groupe communiste et des verts. Mais le parti Les Républicains étant majoritaire au Parlement, le vote d’un groupe parlementaire supplémentaire suffit pour faire voter une loi au Sénat.
L’association « Agir pour l’Environnement » a d’ailleurs publié un trombinoscope des sénateurs anti-bio pour connaître la position de vos sénateurs sur la question… À la Réunion, les sénateurs Les Républicains Michel Fontaine et Didier Robert se sont prononcés contre l’objectif des 20%, Paul Vergès (PCR) et Michel Vergoz (PS) s’y sont prononcés favorablement. Une deuxième lecture de la loi aura lieu en cours d’année, l’affaire est donc à suivre…

Une restauration collective plus locale et plus bio est pourtant possible…
L’objectif de la proposition de loi est de rendre visible à l’échelle nationale une préoccupation autant nécessaire qu’essentielle, celle de la qualité et de la localité des aliments fournis par les établissements publics. Cependant, certaines communes n’ont pas attendu cette impulsion pour se convertir au bio et au local : c’est le cas par exemple de la commune de Barjac dans le Gard, où le maire Edouard Chaulet a été à l’origine de la conversion des cantines scolaires au 100% bio. D’autres communes françaises ont initié un travail en ce sens, rendant possible une alimentation saine et valorisant des modes de production respectueux de notre santé et de notre environnement, permettant ainsi d’espérer une mobilisation croissante des communes en ce sens, à défaut d’une impulsion législative franche…

Aline Verger

Pour aller plus loin :
– Trombinoscope des sénateurs anti-bio, Association Agir pour l’Environnement : http://reponses.agirpourlenvironnement.org/cantinebio-senateurs/
– « Manger bio et local dans les cantines, c’est possible », exemple de la commune de Barjac : https://www.youtube.com/watch?v=zTQoUN2D2k4
– Dossier législatif de la proposition de loi visant à favoriser l’ancrage territorial de l’alimentation : http://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl15-303.html

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